On achève bien les langues

Publié le par Kevrenn Bro An Oriant


Langues régionales : débat sur la modification de l’ article 2 de la Constitution.
ON ACHEVE BIEN LES LANGUES

Après un 85ème débat parlementaire depuis 1958 sur le sujet, la déception est une nouvelle fois au rendez-vous. Déception ? Non, plutôt la confirmation qu’il est vain de se faire encore des illusions sur la bonne volonté de l’Etat français et des gouvernements qui s’y succèdent.

Lors de ce débat, ainsi que les jours précédents et suivants, nous avons pu entendre les députés de toutes tendances politiques réclamer qui la générosité de la République, qui le respect de la diversité et de la richesse des langues de France. Qu’il est facile de se donner bonne conscience, à droite comme à gauche, alors que l’article 2 de la Constitution dont l’acte de naissance porte la date du 4 août 1995 est présenté comme éternel et nécessaire à l’existence et la protection de la langue française.

Jean Petit, universitaire à Reims et Constance, déclarait en 2000 que « le monolinguisme en France est érigé pour ainsi dire en religion d’Etat ». N’est-il pas temps de changer de religion ?

L’occasion que représente la nécessaire modification de la Constitution pour autoriser la ratification du Traité de Lisbonne sera-t-elle une occasion ratée ? Mme Lebranchu, ancienne Garde des Sceaux, l’a rappelé lors de son intervention : sans modification de l’article 2, tout texte de loi allant dans le sens de la vitalisation des langues régionales, est voué à finir à la poubelle.

Aujourd’hui, un citoyen peut faire respecter les droits que lui garantit l’Europe en saisissant la Cour européenne des droits de l’homme ; mais si ce citoyen est Français, il ne peut pas faire respecter les droits qu’il tient de la Constitution française. Exemple : Le droit à l’expérimentation étant inscrit dans la Constitution, le Conseil régional de Bretagne et son Président Jean-Yves Le Drian ont déjà réclamé de pouvoir exercer ce droit concernant les politiques de l’eau et la politique linguistique. À chaque fois ce droit nous a été refusé…. Refus démocratique ? constitutionnel ? républicain ?

Parmi les arguments avancés par les ennemis d'une modification de l’article 2 et de la ratification de la Charte du Conseil de l'Europe, celui du coût financier des traductions des textes officiels et autres dans les langues régionales de France tient de la galéjade ! En effet, la France est l’Etat d’Europe le plus condamné pour le non respect des directives européennes. À ce jour, l’évaluation du coût des manquements de la France s’élève à une somme allant de plusieurs centaines de millions d’euros à douze milliards d’euros, sans compter les pénalités journalières s’élevant à plus d’un million d’euro par jour ! De quoi financer politiques linguistiques et politiques de l’environnement dignes de ce nom. À ces condamnations régulières par la Cour de justice des communautés européennes pour non respect des réglementations européennes, s’ajoutent les condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour des procès inéquitables…..

Pourquoi, alors que la France membre fondateur de l’Union européenne s’assoit sur le droit européen et préfère faire payer par l’argent des contribuables de très lourdes amendes, cette même France exige-t-elle le respect du droit européen comme preuve de démocratie par les candidats à l’entrée au Conseil de l’Europe ?

Le plus pitoyable dans cette affaire – et il est stupéfiant que ce soit des autonomistes bretons qui doivent le mettre en lumière – c'est que les ayatollahs du monolinguisme qui s'imaginent défendre les positions de la France sur la scène internationale en condamnant les langues dites régionales au cachot sont au contraire ses plus sûrs destructeurs. Car à chaque fois que la France agit à l'envers de ses discours, elle s'affaiblit. Y aura-t-il un jour dans la classe politique parisienne un esprit plus éveillé et courageux que les autres pour s'en rendre compte et le dire?

Plus que jamais, l’Europe des régions est la réponse à la question du nivellement des esprits et de la parole par la diminution du nombre des langues et l’appauvrissement de celles-ci au bénéfice d’une langue dominante au rabais.
Plus que jamais, le transfert de compétence inscrit dans la Constitution est l’outil qui autorisera la Bretagne à mettre en œuvre les moyens nécessaires à un véritable plurilinguisme breton-français-anglais (et/ou allemand, espagnol, portugais, mandarin ?) autant dans les cursus scolaires de la maternelle à l’université que dans la vie sociale et publique. Les Bretons n'accepteront pas de sacrifier leur identité pour l'appareil d'un Etat qui voit son salut derrière des barricades.

Pour conclure, je fais miens les propos de Dominique Barella (ancien membre du Conseil Supérieur de la Magistrature) : « Quand les dirigeants de ce pays –la France- vont-ils cesser de donner des leçons de morales démocratiques et juridiques à la terre entière tout en s’affranchissant du respect des traités ? Si notre pays cessait de considérer que depuis l’onction mythique de 1789, il a définitivement prouvé au monde qu’il est un phare de la pensée démocratique qui le dispense de respecter le code de la route international ».

Pour l’Union démocratique bretonne,
La porte-parole Mona Bras

Publié dans Communiqués UDB

Commenter cet article