Réponse au collectif "Etat d’urgence planétaire, votons pour une France solidaire !"

Publié le par Kevrenn Bro An Oriant

Mardi 3 avril, j’étais à la salle Jean Vilar de Lanester pour participer au débat organisé par le CRIL (Centre de Recherche et d’Information sur le Développement) et ainsi répondre aux questions écrites posées à tous les candidats aux législatives par cet organisme et le Collectif Morbihannais « Votons pour une France solidaire », ADUCE , ATD quart-monde, ATM, ATTAC 56, CCFD 56 , Cohérence, CRISLA, Epices et Solidarité laïque.

Je reproduis ci-dessous l’intégralité de mes propos (Vous trouverez en bas de page un lien vers les questions posées à tous les candidats).

Bonsoir

Il est bon d’interpeller les candidats que nous sommes sur les sujets internationaux qui sont à notre menu ce soir. En effet, à bien des égards, les grands enjeux politique de ce début de 21°siècle sont d’ordre planétaire. D’autres l’ont dit pour l’environnement, c’est vrai aussi du développement économique et social si on veut qu’il soit, ce qui est mon cas centré sur l’humain.

Je suis de ceux qui estiment que nous ne pouvons traiter ce sujet que par une bonne articulation entre le local et le global. Il nous faut une vision politique ouverte sur le monde, c’est plus urgent qu’un débat sur l’identité nationale et la cocarde tricolore.

Je précise d’emblée que sur bien des points évoqués dans la première partie de votre questionnaire, j’inclus la pêche dans la question agricole.

(Sortir l’agriculture de l’OMC ?)

Oui, assurément oui si les règles du jeu restent en l’état. En effet, il est nécessaire de reconnaître la souveraineté alimentaire des états et des citoyens.

Or le système actuel est centré sur la conquête de droits multiples pour les grandes firmes internationales, sans apporter de solution aux plus de 800 millions d’affamés, parmi lesquels 600 millions de paysans.

De plus l’agriculture est désormais le cadet des soucis des négociateurs européens, qui en font une monnaie d’échange pour mieux vendre les services.

Alors oui, il faudrait sortir l’agriculture de l’OMC si on veut une logique qui respecte les emplois et l’aménagement du territoire, qui nous préserve des risques sanitaires.

Pour autant je suis convaincu que c’est en instaurant des outils de régulation du marché que l’on parviendra à un équilibre économique acceptable.

C’est pourquoi j’appelle de mes vœux une refondation de la gouvernance mondiale. Nombreux sont les organismes qui travaillent à l’échelle internationale (FMI, Banque Mondiale, UNESCO, ONU,OMS, OIT….) avec souvent des objectifs ou des méthodes contradictoires et peu démocratiques.

L’ idéal serait donc d’œuvrer pour que l’ONU intègre tout ou partie de ces organismes, OMC en tête, afin que les valeurs humanistes retrouvent leur place dans la régulation des marchés.

Supprimer les primes à l’exportation ?

Evidement, car elles sont destructrices des économies du sud, sans contribuer à une quelconque plus value sociale dans nos pays.

Je n’insisterais pas, je vous pense convaincu, je rappelle juste un exemple. En 2005, le kilo de poulet européen était vendu au Cameroun 1,35 € contre 2,28€ pour la production locale.

La suppression des aides à l’exportation doit nous amener à préciser qu’il est nécessaire de réformer la PAC en profondeur. Nous avons besoin d’une cohérence agricole en Europe, mais avec d’autres objectifs qu’aujourd’hui. L’accent doit être mis sur des prix rémunérateurs et sur une meilleure répartition des aides publiques entre les agriculteurs. Ces aides doivent par ailleurs être réorientées vers une agriculture qui respecte les hommes et les territoires. Ainsi les agriculteurs européens seront solidaires et non concurrents des paysans du monde, et plus confiant dans la valeur de leur propre travail.

Il faut par ailleurs peser pour que les autres régions du monde à s’organiser de la même sorte, à l’opposée des logiques ultralibérale de l’ALENA, zone de libre échange Nord Américaine.

Importation massive de soja ?

Nous refusons le soja ogm. Il est temps de revenir à une logique de production locale de compléments alimentaires, de revenir à des logiques de circuits courts. (Ce propos ne doit pas nous faire oublier le rôle du port de commerce de Lorient, qui doit trouver sa véritable place dans l’économie régionale.). La question du soja et des compléments alimentaires doit également nous inciter à interroger la place de l’alimentation carnée dans notre société.

 

Aide publique au développement.

Aujourd’hui l’aide publique au développement ne favorise que très peu les pays du sud. Tous les intervenants de ce soir seront d’accord sur le fait que le co-développement est à repenser, je me bornerai donc à verser deux idées au débat.

 D’abord, il me semble important de s’appuyer sur des relations de territoires à territoires. Dans les années 1950-60, se sont crées de très nombreux jumelages avec des viles allemandes, irlandaises… en vue de construire l’idée européenne. Celle ci est aujourd’hui acquise, même si sa concrétisation est imparfaite. Aujourd’hui, les nouveaux défis de la solidarité internationale nous imposent de travailler dans le même esprit avec des territoires équivalents. Ainsi le Conseil Régional de la Bretagne administrative a récemment, sous la conduite de son vice président UDB Kristian Guyonvarc’h, mis en place des relations de partenariat avec le territoire des indiens Mapuches au CHILI. Cet accord comprend un volet important d’appui à des formations d’enseignement supérieur en environnement en lien avec les problématiques agricoles et rurales. En effet les partenariats entre territoires auront une efficacité dans l’économie moderne s’ils sont porteurs de sens en matière de connaissances.

 Ensuite j’insisterais sur la question de la propriété intellectuelle. Je parle ici surtout de la question du brevetage du vivant , mais aussi des problèmes liés au partage des médicaments. Je m’intéresse dans ce cadre aux propositions de ceux qui envisagent de supprimer le système des brevets, afin que les découvertes majeures restent dans le domaine public. Pour que cette idée fonctionne, il faut attendre l’objectif des 3% du PIB consacré à la recherche publique. Il faut par ailleurs mettre en place des outils de valorisation des équipes qui « trouvent » via un système de primes AU CHERCHEUR ET NON A L’ACTIONNAIRE.

En guise de conclusion je souligne que je trouve cohérent lorsqu’on se définit comme autonomiste et défenseur du développement local d’agir pour que ce développement soit partagé par d’autres peuples.

J’ajoute que localement aussi l’agriculture a un grand rôle à jouer dans la préservation de notre cadre de vie littorale et que nous les élus locaux devons veiller mieux qu’actuellement à l’équilibre des activités dans l’espace. En la matière c’est la plus petite commune de la circonscription, Groix, qui nous montre la voie.

 

La politique de la France en Afrique

Pour cette deuxième partie je répondrais globalement à vos 5 questions certains aspects ayant été évoqués dans le débat précédent.

Je n’insisterais pas sur ce qui fait évidence. De part son histoire coloniale, la France maintient malheureusement une politique pour le moins paternaliste avec les sociétés africaines. Un slogan historique de l’UDB disait « PARIS NOUS POMPE ». C’est ce que doivent dire nombre d’africain en raison de la scandaleuse politique de pompage pétrolier de nos dirigeants actuels ou passés.

Cette politique destructrice est par ailleurs une démarche à courte de vue, nous exonérant de réflexion sur les énergies renouvelables, mais pour combien de temps ?

L’ UDB dénonce par ailleurs les interventions militaires unilatérales en Cotes d’Ivoires, au TCHAD ou ailleurs. On doit être cohérent. S’opposer à l’unilatéralisme des usa en Irak impose de placer nos démarches en Afrique sous le contrôle de l’ONU .

Votre question sur le contrôle des grandes firmes qui agissent en Afrique appelle entre la remarque suivante : nous ne souhaitons pas contrôler les ventes d’armes en Afrique. Nous souhaitons l’arrêt pur et simple de ce type d’exportation, et donc de fabrication. Nous savons combien il est nécessaire que La France participe à la construction de la défense militaire de l’Europe. Nous disons par ailleurs que la chose militaire est trop dangereuse pour être confiée plus avant au privé. Mais il est inadmissible de voir la France vendre des armes à des Etats qui n’ont rien de démocratiques. Or si on les vend, c’est bien qu’on les fabrique. Localement, les précieuses compétences des ingénieurs et des ouvriers de DCN sur les matériaux composites seraient plus sûrement utiles pour développer des programmes d’éoliennes par exemples.

Il faut par ailleurs rompre avec une pratique qui veut que la politique africaine de la France soit depuis le temps de la cellule Foccard dirigée depuis l’ELYSEE. Dans les points que vous abordez, la question démocratique est évidemment centrale. C’est au parlement de contrôler et de mettre en œuvre une véritable politique de coopération avec les Etats africains. Cette politique doit s’appuyer sur une suppression de la dette qui empêche plusieurs états démocratiques de se construire un développement autonome. Aide publique au développement doit par ailleurs être concentrée sur des projets concrets, liés aux services publics fondamentaux (eau, éducation…) Il est également nécessaire de passer à une logique de programme pluriannuel pour que l’apd soit plus stable et efficace.

Pour votre question sur l’immigration, je souligne deux idées fortes :

 Immigration : non à l’immigration choisie
 Renforcer les droits politiques : celui qui verse des impôts à la commune doit pouvoir voter.

Yann Syz
Cet article a été diffusé à l'origine dans le cadre de la campagne des législatives 2007 sur la circonscription de Lorient par Yann Syz et Thiery Catrou

 

 

Commenter cet article