UBS: université, société et territoire.

Publié le par Kevrenn Bro An Oriant

Mardi 03 mars, les étudiants et enseignants en grève de l'UBS à Lorient ont réussi une initiative rare. Ils ont invité les partis politiques à dialoguer avec eux sur les réformes en cours et leur mouvement. Sont venus le Modem, les Verts, le NPA, le PC, le PS et bien sur l'UDB (représenté par Yann Syz à la tribune sur la photo aux côtés de Raphael Yven des verts et Gwendal Rouillard du PS).


Presque 4 heures d'échanges, dans le calme et dans un esprit d'écoute et d'ouverture, qui auront permis aux étudiants présents d'entendre des analyses politiques de la situation et de faire part de leurs préoccupations.

Yann SYZ a pu faire du soutien de l'UDB à bon nombre des revendications. Ainsi, il a noté que si tout n'est pas parfait dans le fonctionnement des IUFM, la remise en cause de la formation professionnelle des futurs enseignants est préoccupante et contradictoire avec les messages gouvernementaux vers plus de professionnalisation. Quant à la création d'un corps de reçu-collé apte à enseigner, elle vise à la dévalorisation des bac +5 et à la précarisation accrue des profs.

Plus généralement, notre camarade de l'UDB a rappelé que l'université doit concilier sur le même plan des enjeux collectifs et individuels. Collectifs car la société a besoin d'une université qui forme à la pensée critique, à la curiosité et à la rigueur, bref qui aide à l'autonomie intellectuelle des étudiants, ce qui passe souvent par les filières généralistes perçues par nos gouvernants actuels comme non rentable. En retour, l'Université doit assurer en fin de parcours les conditions de l'intégration professionnelle, c'est l'enjeu individuel, qui permet de "capitaliser" la richesse intellectuelle dans un retour sur la société.

Ceci posé, il faut bien dire que, quoi qu'on en pense sur le fond, les réformes sont conduites en dépit du bon sens par Valérie Pécresse.  La logique voudrait qu'elle définisse (avec son gouvernement, le parlement, les acteurs concernés...) le sens politique et sociétal d'une politique universitaire, et qu'elle construise ensuite le mécano de gestion qui va avec. Depuis sa nomination, elle ne parle que de mécanisme de gestion de la pénurie qu'elle organise, sans avouer publiquement le sens politique : une dépendance accrue de la recherche des intérêts privés, et un accroissement des inégalités entre universités et grandes écoles.

La recherche est sous financée en France, alors qu'il s'agit de notre principal outil d'avenir. Les pays longtemps qualifiés de « sous-développés » ou « en voie de développement » ont acquis un véritable savoir faire en matière de production manufacturée et on ne peut pas souhaiter un meilleur développement économique en Bretagne et le refuser aux Indiens, Chinois et autres Brésiliens. Le travail des élus est de construire des alternatives en amont, faire en sorte que nous ayons toujours un coup d’avance dans ces mutations, pour que les salariés qui voient leur activités fermer retrouvent tout de suite de l’emploi.

Nous devons mettre en place les budgets nécessaires pour imaginer dans les laboratoires, les entreprises et les universités les métiers de demain pour anticiper les crises d’après demain.

Une question a permis à l'UDB de dire que la mise en concurrence des universités autour de pôles d'excellences relève de la même politique que la suppression d'hôpitaux et de tribunaux: il s'agit de concentrer les moyens dans quelques métropoles, au prix d'investissements routiers coûteux (périphériques), de concentration des population et de problèmes fonciers insolubles autour des grandes villes. Cet vision de l'aménagement met en péril l'équilibre urbain et social breton, constitué de trois grandes villes (Nantes, Rennes, Brest) et d'un ensemble cohérent de villes moyennes qui équilibre la région.

A quoi sert l'UBS, demande un étudiant? L'UBS répond à un enjeu social: permettre au plus grand nombre d'accéder à l'université par la proximité et les moindres frais que cela occasionne. Elle contribue aussi à irriguer la vie économique, culturelle et citoyenne de la ville. Elle permet enfin de fixer plus de jeunes diplômés sur le territoire du Pays de Lorient, certains allant jusqu'à y créer leurs entreprises, au lieu que la jeune matière grise s'exile à 100% à Paris et dans les grandes agglomérations.

Les autres intervenants ont exprimé des points de vue complémentaires, insistant notamment sur la pertinence du projet d'Université Européenne de Bretagne, qui renforce les synergie et les complémentarité entre les universités de la région.

Avant de quitter le débat, Yann Syz a conclu en rappelant qu'il fallait faire attention à la clarté du message universitaire. On voit des gens manifester pour l'indépendance de la recherche mais contre l'autonomie des universités! L'autonomie est un mot positif et important: nous sommes tous pour une plus grande autonomie des personnes handicapées, une plus grande autonomie paysanne face aux OGM... L'autonomie des université a toujours été un combat important des mouvements progressistes depuis le loi Faure.

Le problème, c'est que derrière ce mot, Mme Pécresse cache une mise en concurrence du service public, un affaiblissement des universités moyennes et un recul de la recherche.

Le vrai combat aujourd'hui, au delà du refus de cette réforme libérale, c'est de travailler à une vrai autonomie des universités. A cela, 4 conditions préalables : que l'on préserve l'égalité des diplômes, que l'on maintienne une péréquation financière entres les établissements, que l'on considère enseignement et recherche comme une richesse pour le développement et donc que l'on y mette les moyens nécessaires, et enfin que l'autonomie ne se résume pas à l'autonomie du président, mais soit construite par la communauté universitaire dans son ensemble. Au delà de ces préalables, l'autonomie des universités correspond à un besoin de desserrer l'étau des contrôles tatillons ministériels, de favoriser les initiatives des équipes sur les territoires et faire participer les étudiants au projet universitaire.


Publié dans Lorient

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yann syz 13/03/2009 15:10

C'est l'équilibre qu'il faut tenir.
Nous avons écrit : Plus généralement, notre camarade de l'UDB a rappelé que l'université doit concilier sur le même plan des enjeux collectifs et individuels. Collectifs car la société a besoin d'une université qui forme à la pensée critique, à la curiosité et à la rigueur, bref qui aide à l'autonomie intellectuelle des étudiants, ce qui passe souvent par les filières généralistes perçues par nos gouvernants actuels comme non rentable. En retour, l'Université doit assurer en fin de parcours les conditions de l'intégration professionnelle, c'est l'enjeu individuel, qui permet de "capitaliser" la richesse intellectuelle dans un retour sur la société.

Alors s'il s'agit de collaborer avec le privé en matière de recherche par exemple, comme le font tres bien plusieurs labo de l'UBS, pas de problème, on est dans une logique partenariale aux intéreêt réciproques, bénéfiques pour l'étudiant et le territoire.

Le danger des réformes en débats actuellement, c'est de passer d'une logique partenariale à une logique de dépendance, ce qui , avouons le , n'est pas la même chose. Hors si une université dépend trop du financement à court et moyen terme du privé, le risque est reel de voir les budgets réduits pour la recherche fondamentale et l'enseignements en sciences humaines et sociales pourtant essentielle aussi au développement local.

Nous ne sommes pas dans une logique tout professionnel ou tout géraliste. C'est bien l'équilibre des deux qu'il faut construire pour tous les étudiants. Cet équilibre n'interdit pas le lien avec la réalité du monde des entreprises. Mais cet équilibre ne peut être construit et garantit que dans le cadre d'un pilotage public volontariste (par l'Etat, les collectivités.... c'est encore un autre débat.

Il faut éviter le piège de ceux qui privilégient une stratégie à la place d'une autre. La pensée analytique et la pensée systémique ne sont pas opposées, elle se complète. Dans le m^me esprit , l'enseignement disciplinaire généraliste, comme la recherche fondamentale, ne s'opposent pas à la proffessionalisation et la recherche appliquée.
Ces deux soucis doivent être menés de front, avec les moyens financiers et démocratiques nécessaires.
Le reproche que tous nous pouvons faire à mme Pécresse, c'est que par sa méthode (ou son absence de méthode) elle conduit les gens à opposer des logiques qui se complètent si elles sont menées dans un esprit qui unit réformisme, intérêt général et dialogue.

Cordialement
Yann Syz

Olivier 13/03/2009 14:50

La mission première de l'université est de former les étudiant pour qu'ils trouvent un emploi. Trop souvent vous semblez l'oublier et je ne vois pas pourquoi le fait de collaborer avec le privé serait le pire du pire. C'est le cas en Allemagne, au Royaumes unis, finlande, suède, belgique, Espagne, USA, Japon, etc. Et je ne crois pas que la recherche fondamentale et que le niveau d'éducation y soient particulièrement catastrophiques...

yann syz 06/03/2009 09:35

Complètement d'accord avec vous. La stratégie Pécresse entraine une dépendance de l'université, en particulier pour la recherche, une dépendance avec la commande privée. Ce fait met en danger la recherche fondamentale, les sciences humaines et littéraires et les universités de taille moyenne.
C'est aussi parce qu'il faut assurer les cohérences et les solidarités que nous soutenons le projet d'université européenne de Bretagne.

L'autonomie que j'évoque plus haut est un mot rejetté par l'université aujourd'hui, car dénaturé sciement par la droite libérale. Si je l'évoque, c'est pour appeller à une réflexion collective sur une vie collective à l'Université qui articule les solidarités internes et externe avec une prise de décision réellement collégiale permetant de dégager des projets d'établissement spécifiques.

Vous parlez des sercices communs de l'Université. Durant ce débat, j'ai eu l'occasion de rappeler que les collectivités connaissent l'importance de ce type de service, et qu'il est impératif de rejeter les tentations d'externalisations qui existe pour certains d'entre eux. Ainsi, si à Lorient les cantines scolaires "reçoivent" 25% de produits bio et largement locaux, ce n'est possible que parce que nous avons conservé en interne la compétence des cuisiniers et des acheteurs, avec une restauration municipale gérée en direct par la Ville. Les communes qui ont externalisé ce service au privé à des société (de type Sodexo...)ont évidement plus de difficulté à déveloper leur propre projet.

Le débat a permis aussi d'illuster l'importance des sciences humaines et sociales dans les logiques de développement local. Ce fait implique de concevoir l'université comme un tout, au delà des querelles de labo.

En clair, il ne peut y avoir de preuve d'autonomie sans preuve de moyens, et c'est d'abord celà qu'il faut préserver.
C'est un choix de société : le degré d'effort public pour la recherche et l'enseignement, dans une diversité d'approche, témoigne du degré de capacité d'anticipation de la socité et de ses gouvernants pour construire des avenirs possibles avec un sens colectif.

Yann Syz

Alain 05/03/2009 16:04

L'autonomie des universités: le "gros mot" est lâché!!! Cette expression est quasiment persona non grata dans l'université où je suis, du moins en ce qui concerne le personnel, enseignant ou administratif. Parce que tout le monde se rend compte que cette autonomie, ce sera surtout celle du président, à qui la réforme prétend donner des pouvoirs qui font "peur". Et cette autonomie laisse entrevoir tant de disparités entre les "grandes" et les "petites" universités, voire laisse entrevoir la disparition des petites unités au profit des grandes. Nous sommes déjà confrontés à des disparités entre nos sites:
un site scientifique, installé au milieu d'une zone technique, avec une appropriation des entreprises
un site "littéraire" parent pauvre de cette université
Comment imaginer que les "scientifiques" refuseront les financements privés d'entreprises pour pouvoir faire de la recherche efficace? Et comment imaginer le financement d'un site dont le pôle sciences humaines ne rapporte rien?
Et après où iront les enseignants? Dans des universités sans le sou? Les "petites" unités disparaitront, au profit des grandes, certaines villes perdront cet atout, et perdront de ce fait plus encore.
Bien sûr qu'il faut une autonomie des universités, mais pas celle que nous propose Pécresse. Il faut absolument préserver la qualité des enseignements, et pour cela donner aux enseignants de bonnes conditions de travail . Il faut également préserver une qualité du service offert, et ce en protégeant les personnels administratifs, sans qui l'université ne fonctionne pas. Il faut protéger les services communs de documentation (BU), ne pas les laisser devenir, faute de moyens, des pôles de médiocrité. Il ne faut pas donner aux présidents des pouvoirs qui les placent en potentat et leur laisse la possibilité de "régner" sur leurs collègues -en particulier ne pas leur permettre de briguer plusieurs mandats consécutifs.
Je m'arrête là, le sujet pourrait encore être développé
Cordialement