"Neuilly nous trompe!" analyse l'UDB qui demande plus de travail collectif au Pays de Lorient.

Publié le par Kevrenn Bro An Oriant

"Neuilly nous trompe!"; "Nous ne sommes pas 19 communes mais un pays de Lorient", c'est à partir de ces phrases que l'UDB, par la voix de Yann SYZ a analysé le débat budgétaire au conseil municipal de Lorient ce 19 novembre. Il s'agit d'aller au delà de la nécessaire dénonciation des réformes en cours de discussions, pour appeller à une startégie collective au pays de Lorient.


Le débat d’orientation budgétaire doit s’aborder en regardant trois points : Où en sommes nous au regard du programme voté par les habitants ? Est-ce que l’évolution du contexte fiscal et législatif risque de nous amener à adapter le dit programme ? et faire dans ce débat sans vote des propositions en vue de l’écriture du budget 2010.

 

Un programme respecté

 

Un mot d’abord sur le document qui nous est fourni. Il reprend bien les orientations programmatiques qui nous sont communes.

 

Ces orientations étaient au nombre de 4 priorités.

 

Ø L’emploi et l’économie, sujet sur lequel les grands enjeux sont suivis par Cap Lorient, est bien présent dans le budget à venir notamment par la volonté d’améliorer l’accessibilité de Lorient, l’accompagnement de l’économie sociale et solidaire ou des actions favorisant l’insertion et le retour à l’emploi. Ainsi sommes-nous en marche pour contribuer à réparer des situations individuelles issues de la crise, pour mieux positionner Lorient dans les circulations et enfin pour accompagner les entrepreneurs et les associations qui innovent pour dépasser les modèles économiques qui ont provoqué cette crise.

 

ØLa qualité de vie en ville est également bien présente dans cet avant budget, par l’attention à l’embellissement de la ville, la diversification des modes de déplacements en ville facilités, les efforts en vue de la production de logements ou la volonté de conforter la politique de prévention de médiation et de responsabilisation dans le cadre de la santé et de la sécurité.

 

Ø La ville pour tous, troisième priorité, reste le fil rouge de l’action culturelle, de l’accueil de la petite enfance et de nos travaux en matière sportive.

 

Ø Enfin, la démocratie locale et la citoyenneté, 4e priorité, vont se voir renforcées par la mise en place des comités de liaison jeunesse par exemple.

 

On le voit, notre budget se profile comme un budget qui prend en compte toutes les dimensions du développement durable : l’économie, l’environnement des habitants dans toutes les composantes et la solidarité, le tout dans un esprit s’appuyant sur une concertation croissante dans son ampleur générationnelle.

 

Je suggère donc, pour plus de clarté pour les électeurs, que le budget 2010 soit écrit en partant de ces 4 priorités, et non pas délégation par délégation, pour montrer la cohérence d’ensemble de notre action et, pour que le citoyen puisse lire le budget au regard de notre programme commun.

 

Neuilly nous trompe!

 

Ce programme sera-t-il menacé par l’évolution du contexte fiscal et budgétaire ?

 

La réforme en cours de la taxe professionnelle et du fonctionnement des collectivités locales impactera peu la commune de manière directe, mais probablement fortement de manière indirecte.

 

Pour résumer notre sentiment sur cette réforme, je dirais que mes Aînés en politique avaient popularisé, il y a 20 ou 30 ans, le slogan « Paris nous pompe ». Aujourd’hui, la situation est beaucoup plus misérable, c’est « Neuilly nous trompe ».

 

Neuilly nous dit qu’il faut alléger considérablement la fiscalité des entreprises au nom de la compétitivité. La conséquence est évidente : alors qu’aujourd’hui, le citoyen et l’entreprise contribuent  presque à part égale aux budgets locaux, le gouvernement met l’impact majeur sur le citoyen. Neuilly nous dit qu’il faut que les collectivités se gèrent mieux. Pour cela, il faudrait renforcer leur capacité d’initiative et donc leur autonomie fiscale. En supprimant une part majeure de l’impôt local et en nous le compensant par des dotations et des prélèvements nationaux, le gouvernement nous prépare au contraire une gigantesque recentralisation fiscale. En clair, la centralisation qui est un échec de gestion pour un état surendetté est érigée en modèle pour les collectivités. Il y a là une démarche scandaleuse à rebours de l’histoire et du bon sens.

 

 

Le sens des projets du gouvernement est double : d’abord, et cela nous concerne car ces institutions investissent sur Lorient, prendre dans la caisse de l’Agglo, d’un département qu’on ne supprime pourtant pas et de la région, pour retrouver les moyens de faire payer par la France entière, par toutes les régions, la seule Région capitale du grand Paris, avec des méthodes qui ont pour but d’en faire surtout le grand Neuilly ! C’est un holp-up fiscal sans précédent qui affaiblira la capacité d’investissement public sur notre territoire.

 

Mais le sens de tout cela, c’est aussi de lutter contre l’action publique : en privant les collectivités de moyens de gestion, il y a là une stratégie pour remettre les grands groupes dont les sièges sont à la Défense dans le jeu de la gestion de l’eau, du transport, de la restauration publique voire de la culture, pour leur profit et non au profit de l’habitant.

 

Voilà donc une réforme qui recentralise les richesses et les commandes, au profit du libéralisme et au détriment de notre développent local et, c’est pour cela que je voulais l’évoquer ce soir.

 

Cela concerne d’autant plus le Pays de Lorient que cette réforme est faite au nom de l’industrie productive. Là ce n’est pas une tromperie, c’est une erreur stratégique. Nos territoires ont besoin d’un équilibre entre activités de service et de production qui s’entraînent l’une-l’autre. Mais quel maire ou président d’Agglo va désormais travailler à accompagner l’activité de production, s’il doit passer du temps à l’attirer et à limiter son impact environnemental, sans ne plus en avoir de retour fiscal ? On se prépare un chapelet d’agglos qui se battront pour ne plus attirer que des activités de services dans des grosses structures, les seules à rapporter de la taxe ! Neuilly oublie Billancourt ! 

 

Nous ne sommes pas 19 communes mais un pays de Lorient

 

Il nous faut donc faire des propositions dans ce contexte global. Ma première, ce soir, sera de dire que nous ne sommes pas 19 communes mais 1 pays de Lorient. Je dis cela parce que c’est une nécessité aujourd’hui de voir comment en commun mieux rationaliser la dépense publique entre l’agglo et la ville centre, voire entre plusieurs communes membres, car nous sommes tous impactés.

 

Je le dis aussi parce que le budget de fonctionnement de Lorient n’est pas toujours le budget d’une ville de 60 000 habitants mais le budget d’une ville centre  au service des voisines.

 

Larmor-Plage ne pourra faire le Grand Théâtre, Locmiquélic ne pourra faire le centre aquatique, Gestel ne pourra faire la médiathèque de l’Orientis ! J'étais récemment, avec Loic CHampagnat, à l'AG d'une assos qui travaille sur tout le Pays de Lorient, mais dont l'essentiel du financement est assurée par la Région et la seule commune de Lorient.
Le budget de Lorient contribue de ce fait à tout le pays de Lorient. Cela doit nous inciter à penser qu’il est de l’intérêt de Lorient, et sûrement de ses 2 plus grands voisines, d’accélérer le processus d’intégration communautaire sur les compétences aujourd’hui morcelées à 19 (sport, culture …)

 

Il faut le dire aussi parce que le contexte nous impose de définir une stratégie de territoire claire. Ce ne sont pas 19 égo communaux qui feront une stratégie collective. La réforme des collectivités annonce un statut de métropole pour Nantes, voire pour Rennes. Métropole qui récupérer une part des mission des régions pour mieux lutter dans, je cite, « la compétition urbaine ». Voilà, l’Etat encourage la compétition entre les villes, la où la Bretagne à toujours privilégié l’équilibre entre plusieurs villes.

C’est une raison de plus pour le pays de Lorient de travailler encore plus collectif pour définir des stratégies économiques. Il en a les moyens, ses 200 000 habitants lui donnent le devoir d'agir de concert

 

 

Ma deuxième proposition serait de jauger la priorité de nos investissements à l’aune de leurs conséquences sur le fonctionnement courant. Qu’une construction publique apporte des plus ou des moins dans notre budget n’est pas neutre. Dans l’état de nos ressources, il me semble utile de valoriser les projets qui apporteront des économies, ou qu’un projet générant des fonctionnements voit ses conséquences lissées dans une approche globale du service dont il dépendra.

 

Ces 2 propositions sont à voir de manière positive et utile, même si je les présente dans un contexte de contrainte.

 

Mais il nous faut aussi être offensif pour que le territoire lorientais sorte par le haut du ralentissement économique occidental.

 

Pour cela, je propose le triptyque rail énergie et coopération :

 

 

Rail, car si la gare future sera un élément d’attractivité renouvelée, la connexion Port Industries par le rail est aussi un atout d’avenir.

 

Energie, car je suis convaincu que l’attractivité d’un lieu sera fonction, au XXIe siècle, de ses capacités à produire localement une énergie peu coûteuse et des compétences ainsi crées.

 

Coopération, car pour échapper au jeu des délocalisations orchestrées par des groupes aux sièges éloignés, il nous faut inciter les acteurs locaux à investir les logiques de l’économie sociale ; cette économie où les acteurs du territoire sont les décideurs, les actionnaires, les coopérateurs. C’est ce modèle qui a fait le renouveau économique et industriel du Pays Basque.

 

 

 

Je dirais pour conclure que notre action à venir doit pouvoir se lier à plusieurs enjeux  à l’aide d’un jeu d’échelles.

 

Ø A l’échelle du Pays de Lorient, l’enjeu c’est de rationaliser la dépense publique et jouer collectif.

 

Ø A l’échelle régionale, c’est de participer à l’innovation pour l’emploi, par le soutien aux filières émergentes, par la commande publique et par de nouveaux modèles.

 

Ø A l’échelle européenne, l’enjeu est de construire l’identité et l’identification régional, pour garder des repères dans ce vaste ensemble. Le soutien au F.I.L., à Emglev bro an Oriant et à l’économie du savoir, y participe.

 

Ø Enfin, à l’échelle planétaire, l’enjeu est de contribuer à l’urgence climatique par nos politiques d’énergie, de déplacement ou d’urbanisme.

 

Le gouvernement autonome d’Ecosse établit désormais l’intégralité de son budget en équivalant C02. Nous n’avons pas les moyens d’analyse de l’Ecosse. Mais, à l’avenir, certains de nos projets nouveaux pourraient utilement être budgétés en euros et en CO2.
Lorient doit prendre sa part de travail dans chacun de ces enjeux.
 

 

Je vous remercie de votre attention ; j’ai été un peu long mais un débat d’orientation est fait pour défricher ensemble.

 

                Yann SYZ

                Maire-Adjoint. Pour le groupe UDB.

 


Retrouvez l'intervention de Yann Syz au conseil municipal de Lorient le 19 novembre :

Publié dans Lorient

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