une recentralisation sans précédent

Publié le par Kevrenn Bro An Oriant

vendredi, lors du conseil municipal d'Hennebont, se déroulait un débat lié aux réformes territoriales en cours. Vous trouverez ci dessous des extraits de l'intervention de Sylvain Berhault, élu UDB. Nous en avons retiré les analyses qui recoupent celles déjà exprimées par ses collègues de Lorient (lire ici: http://udbbroanoriant.over-blog.com/article--neuilly-nous-trompe-analyse-l-udb-qui-demande-plus-de-travail-collectif-au-pays-de-lorient--39664774.html).
Ces deux textes se complètent donc.


Au delà du discours sur le mille-feuille administratif, qui a sa part de vérité, et des paroles se voulant rassurantes de monsieur le Premier Ministre au congrès des Maires, nous devons, effectivement,  nous interroger sur la méthode, c’est à dire les réformes en cours, qui laisse pour le moins à désirer
  La notion même d'intérêt régional est niée à travers le projet de suppression de la « compétence générale » que le législateur a confiée aux régions il y a 25 ans.

 Or, sans la clause de « compétence générale » l'Université de Bretagne Sud, par exemple, n'existerait pas car la Région, comme les autres niveaux de collectivité, a dû la cofinancer pour qu'elle sorte des cartons. Constatons que c'est ce même pouvoir voulant supprimer cette clause qui a imposé à la Région en 2008 un engagement de 650 millions d'euros pour consentir lui-même à engager un milliard dans le projet « Bretagne Grande Vitesse »  pourtant déclaré d'intérêt national. Alors, faut-il parler de duplicité ou d'aveuglement de la part du pouvoir central?

                               La suppression de la clause de « compétence générale » additionnée à l'élection de 80% des futurs « conseillers territoriaux » non plus à l'échelle de la Région mais dans des cantons, c'est-à-dire sur une profession de foi forcément localiste, cela signifie tout simplement la négation de la Bretagne comme territoire où peut s'exprimer l'intérêt général. C'est effectivement un retour de trente ans en arrière et donc une recentralisation sans précédent au moment même où nous venons de l’évoquer doit avoir lieu le sommet de Copenhague sur le climat et où, selon l’ONU, les régions apparaissent comme l’échelon pertinent pour lutter contre le dérèglement climatique. Le décalage pour ne pas dire la contradiction entre les déclarations du gouvernement sur le dérèglement climatique  et ce qu’il compte faire des Régions apparaît ainsi de façon flagrante.

                               Par ailleurs, où est la simplification de la carte administrative censée justifier cette pseudo-réforme? Bien au contraire elle crée un échelon supplémentaire à double déclinaison (bonjour la simplification!): les « métropoles », statut réservé aux actuelles communautés urbaines ou d'agglomération de plus de 450.000 habitants, et les « pôles métropolitains » (sorte de 2ème division) qui « regroupent des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre formant un ensemble de plus de 450.000 habitants (et dont) l'un d'entre eux comporte plus de 200.000 habitants ».

                               La loi prévoit que ces « métropoles », qui seraient au nombre de 8 (dont Nantes), puissent s'approprier les compétences économiques des régions et des départements car « les compétences économiques sont en effet prioritaires pour la réussite des métropoles françaises dans la compétition urbaine européenne et internationale ». Ici l'idéologie qui sous-tend ce projet de loi apparaît crûment: celle d'une Europe livrée à l'ultralibéralisme par la compétition sauvage entre les aires urbaines, au mépris du souci des équilibres de développement à l'intérieur des régions. C'est toute la tradition bretonne, fondée sur un maillage urbain fait de villes petites ou moyennes, qui est mise à bas, au profit d'une vision « midi-pyrénéenne »: Toulouse et le désert autour. C'est une perspective inacceptable pour la Bretagne. Notons aussi que cette métropolisation à marche forcée, en concentrant davantage les activités économiques dans les villes les plus grandes et en allongeant les navettes quotidiennes domicile-travail (car le foncier et l'immobilier seront inaccessibles en ville aux revenus faibles ou moyens), ira fatalement à l'encontre des objectifs fixés dans les lois dites du Grenelle de l'environnement que sont la lutte contre l'étalement urbain et la réduction des émissions de gaz à effet de serre générées par les transports (là encore on voit le double discours )

 

 

Mais le sens de tout cela, c’est aussi de lutter contre l’action publique : en privant les collectivités de moyens de gestion, il y a là une stratégie pour remettre les grands groupes dont les sièges sont à la Défense dans le jeu de la gestion de l’eau, du transport, de la restauration publique voire de la culture, pour leur profit et non au profit de l’habitant.

 

Voilà donc une réforme qui recentralise les richesses et les commandes, au profit du libéralisme et au détriment de notre développement local. 

                                                                                  Sylvain Berhault
                                                                                                             élu UDB
                                                                                                             Hennebont.

Publié dans Hennebont

Commenter cet article