Eléments de réflexions au sujet du vélodrome couvert

 

 

Eléments de réflexions au sujet du

vélodrome couvert.

 

Document de travail des élus municipaux UDB du pays de Lorient

 

 

 

 

 

 

Le cyclisme est un élément fort du sport breton, souvent associé à l’image et l’identité de la région. L’athlétisme voit son nombre de licenciés augmenter. Le sport est un élément fort de l’image des territoires. L’intégration de l’athlétisme dans le vélodrome lui donnera une réelle plus value. Le projet de vélodrome couvert a donc un intérêt évident.

Pour autant, en ces temps de crise et de réformes, le coût du projet, même bien subventionné, pose question.

Cap Lorient s’est fixé comme priorité d’agir sur l’économie, le transport, l’habitat, et l’environnement.

Dépenser 4 millions d’euros (puisque les 12 autres millions proviendraient de nos co-financeurs…) se justifie-t-il dans ce contexte pour un vélodrome couvert ? Peut-être …

Encore faut-il de la méthode et que ce soit l’occasion de rationaliser le rapport de Cap Lorient et de ses 19 membres au sport.

 

 

Nous ne voulons pas nous prononcer sur le vélodrome en soi. Si ce projet abouti, ce ne peut-être que le fruit d’une stratégie nouvelle pour Cap Lorient.

Aujourd’hui, Cap Lorient n’a malheureusement pas de politique sportive. Il y a bien l’aspect « voile », car le stade de ce sport est par nature intercommunal. Il y a bien un aspect activité physique dans certains de nos aménagements naturels. Il y a bien enfin des soutiens au FCL et à la GVH sous couvert de communication.

Mais cela ne fait pas une politique sportive, cela ne fait pas une stratégie avec un interlocuteur porteur.

 

 

Ce ne sont pas 19 égo communaux qui feront une stratégie collective. Larmor-Plage ne pourrait  faire le Grand Théâtre, Quéven ne pourra faire le centre aquatique, pas plus que  Gestel ne pourrait  faire la médiathèque de l’Orientis ! Le budget de Lorient contribue de ce fait à tout le pays de Lorient. Cela doit nous inciter à penser qu’il est de l’intérêt de Lorient, et sûrement de ses 2 plus grands voisins, d’accélérer le processus d’intégration communautaire sur les compétences aujourd’hui morcelées à 19. C’est vrai pour la culture, ce l’est évidemment pour le sport.

 

Un stade couvert évolutif ?

 

 Ainsi, même si ce n’est pas ici le cœur de notre propos, il convient de souligner  qu’un aspect pertinent du dossier soumis au vote du conseil de Cap Lorient est de passer d’une dimension de départ de vélodrome couvert à celle de stade couvert.

En incluant l’athlétisme, on répond ici à l’attente des nombreux  pratiquant de la région qui ne bénéficient pas d’installation minimum. Aucune commune du Pays de Lorient ne dispose d’un stade complet (8 piste) avec tribune, vestiaire et douche. Répondre à ce problème  à 19 a du sens. Mais encore faut-il alors qu’on ne voit pas une de ces 19 communes se lancer dans son coin avec son propre projet, sans quoi cette démarche collective serait biaisée.

Le stade couvert répond aussi à la question de quelques compétitions impossibles à organiser en Bretagne. Les licenciés bretons participent donc à des rencontres aux abords de Caen, ce qui engendre des frais .

 

Dès lors que le choix ne porte plus sur un vélodrome  mais sur un stade couvert, il convient de prévoir des aménagements et des types de fixations qui permettent parfois d’accueillir des grands rassemblements sur d’autres sports. La salle de Kervaric en accueille déjà certains. Ici, dans ce stade couvert, un grand rassemblement de gymnastique, par exemple doit pouvoir trouver sa place.

Le stade couvert n’accueillera pas tous les ans un championnat de France cycliste, ces choses là tournent. Il faut donc s’assurer de la plus grande polyvalence possible en cas de vote positif pour que l’argument d’attractivité soit efficient.

Question de priorité

 

Cap Lorient s’est fixé pour l’heure des priorités majeures : le développement économique, le logement, le transport et l’environnement. La question énergétique apparaît en filigrane de tout cela.

Le projet de vélodrome paraît éloigné de ces priorités. D’autres projets semblent mis en attente, comme la salle des musiques actuelles (mais quelle musique n’est pas actuelle ?). Pourtant, le pays de Lorient a aussi besoin d’un équipement qui participerait de l’amélioration de la vie culturelle et étudiante, car c’est aussi par le cadre de vie que nous fixerons les jeunes diplômés sur le territoire. Comment s’est construit la priorisation de ces deux projets ? Au nom des besoins du pays de lorient, ou au nom des offres de soutien de partenaires extérieurs ? Les maires du pays de Lorient, Norbert Métairie en tête, ont raison de dire que la crise nous oblige à maintenir un fort niveau d’investissement, pour soutenir l’économie. Mais la priorité n’est-elle pas à donner aujourd’hui aux projets à fort effet de levier d’emplois ?

Question de finance

 

En terme d’investissement, le projet de vélodrome, s’il reste coûteux, est bien subventionné. Mais il génèrera des frais de fonctionnement annuels non négligeables.

Ce plus sera difficile à entendre pour ceux à qui nous disons par ailleurs qu’il faut faire des économies. Il ne pourra être compris que s’il s’accompagne d’un moins pour les communes, par une rationalisation et une mutualisation des frais pour les grandes questions du sport.

 

Certes, la vie sportive de quartier a besoin de décideurs de proximité dans les mairies.

Mais le sport de haut niveau, actuel (foot, tennis de table, voile…) ou en germe  (handball, voire rugby) concerne en fait l’ensemble du pays de Lorient.

Nombres de clubs ou sections sportives de Lorient ont de fait des joueurs ou des dirigeants qui résident dans les communes voisines. Quand on travaille à Lanester, que l’on vit à Quéven et que l’on pratique ses loisirs à Lorient, les frontières de compétences communales sont un non sens.

 

Les coûts du vélodrome doivent donc s’accompagner d’un travail de mutualisation renforcée.

 

Les agglomérations qui comptent de nombreux sports au niveau « élite » sont celles qui ont pris une véritable compétence sport .

Ainsi Clermont-Ferrand (haut niveau en foot, rugby….) en plus de la compétence traditionnelle « construction, aménagement, entretien et gestion d’équipement culturels et sportifs d’intérêt communautaire », que Cap Lorient exerce aussi, s’est doté de la compétence optionnelle « soutien communautaire aux sports ».

A Montpellier Agglomération, existe une compétence : construction, aménagement, entretien et gestion d'équipements culturels et sportifs, création d'institutions, de manifestations et d'actions d'animations dans les domaines culturels et sportifs, soutien et contribution à des institutions, manifestations et actions d'animation dans les domaines culturels et sportifs d'intérêt communautaire. Ce territoire est aussi celui de 22 sports  au niveau élite (foot, hand, rugby, tennis de table, basket…)

Une autre dimension de la question financière est celle du traitement énergétique. Dans des réalisation récentes ou à venir prochainement (Cité de la voile, Maison de l’intercommunalité…), Cap Lorient a démontré une attention ou un savoir faire sur ce thème. Nous souhaitons savoir quelles dispositions seront prises ici. Cette exigence est d’autant plus forte que le lieu retenu aura un impact carbone non négligeable.

 

Question de lieu

 

 

 

Nous sommes conscients que le choix du lieu est guidé par le fait qu’une probable gestion collective du vélodrome avec le parc des expos permet de faire baisser les coûts d’investissement, voire de fonctionnement. Mais ce choix interroge au regard de notre politique d’urbanisme.

 

Le pays de Lorient a élaboré un S.C.O.T.T, qui s’impose aux communes, qui dit que les nouveaux quartiers et nouveaux équipements doivent se situer aux abords des centres- ville, bourgs ou villages existants, pour limiter les impacts sur le foncier ou sur les déplacements.

En implantant un équipement comme le vélodrome au parc des expos, on revient à un urbanisme de 4 voies, comme si le rond point du géant était le centre de l’agglo, avec un centre commercial pour temple et un hangar en tôle pour salle des fêtes. Cet urbanisme dépassé fait penser que sur ce sujet, c’est comme si on avait attendu d’aller chez le notaire pour ouvrir l’héritage parce qu’on savait le contenu suranné.

Le vélodrome, en étant à égale distance de tous, ne sera à côté de personne, c’est à dire que personne ne s’y rendra à pieds, à peine en vélo ou bus, et aucun établissement scolaire n’en sera voisin.

Pourquoi ne pas envisager un tel équipement plus proche du centre de Lanester ou  près des bourgs de Caudan, Quéven ou Ploemeur par exemple ?

 

Question d’équité

 

 

La mobilisation autour de ce projet contraste par ailleurs avec la timidité et la lenteur des soutiens publics à la GVH section tennis de table.

Qui est aujourd’hui au Pays de Lorient plusieurs fois Champion de France ? Qui brille en Ligue des champions en Europe ? Pas le FCL, mais un club d’Hennebont, dont l’image et l’impact économique rejaillerait mieux sur l’ensemble du pays de Lorient si celui-ci s’en donnait l’objectif.

 

 

 

 

 

Une stratégie de territoire ? Chiche !

 

Alors, oui, un équipement public qui servirait les nombreux pratiquants du cyclisme et de l’athlétisme a du sens. Encore faut-il de la méthode et une stratégie, pour que ce ne soit pas simplement un coup d’opportunisme qui se transforme en coût de long terme.

Ce projet ne peut-être qu’une pièce d’un puzzle plus global, avec un vrai esprit communautaire.

 

Lancer une nouvelle approche du partage des rôles entre l’agglo et les communes en matière sportive, ce pourrait être  de distinguer ce qui relève du sport comme activité économique et comme élément d’aménagement du sport en tant qu’ élément d’une politique d’activité physique.

 

Les communes sont les mieux placées pour gérer une politique d’activité physique de proximité, incluant le sport, encadré ou non, mais aussi les jardins partagés, les déplacements « doux », etc.

L’agglo est le bon échelon pour créer les synergies économiques autour du sport de haut niveau, pour élargir la palette des disciplines vecteurs d’image pour le territoire et pour penser des aménagements cohérents.

 

 

 

Arguments pour une vraie

politique sportive d’agglo.

 

Généralement, on constate que le sport intéresse les politiques locales de manière globale, car les activités physiques et sportives participent à l’organisation de nos espaces de vie et à la représentation qu’on s’en fait. Ce fait modifie les liens culturels et économiques avec notre environnement          urbain ou naturel. Il suffit pour s’en convaincre de voir la part de sport dans l’aménagement des espaces naturels.         

 

La pratique de la randonnée, de la voile, du ski, transforme l’image des milieux, de même que l’espace public urbain est parfois le théâtre d’expression des courses à pieds ou cyclistes, du degré d’affichage d’adhésion des habitants à l’image d’un club (de foot, de rugby, de hand, de tennis de table …). Autant de faits qui montrent que l’impact du sport (positif ou négatif, c’est une autre question) dans l’aménagement du territoire ou ses représentations collectives vont au-delà des murs du gymnase.

 

 

Les interactions avec l’économie ne peuvent être ignorées. Cela va de l’image de la ville vue sous le prisme d’un club phare à la modification des échelles de valeurs mentales entre un plan d’eau et un port de commerce industriel ; de l’insertion sociale et économique par les clubs aux débats sur la

place du sport dans l’investissement public de la ville.

 

Si l’U.D.B. veut localement interroger la place réciproque de la Ville et de l’Agglo (à défaut du pays) dans la définition des politiques sportives, c’est aussi parce que les mobilités et les rapports au territoire ont changé. Pendant longtemps primait la notion d’équipement de proximité. Dans certains lieux d’habitat dense, cette question demeure importante. Mais l’essor des activités individuelles non encadrées témoigne d’une réappropriation de l’espace par des choix de mobilité et de pratiques, qui construisent une multiplicité de rapport au territoire et à la nature.

 

La randonnée à Gestel, le tour de l’agglo en vélo, la balade en bateau sont autant de moyens pour certains Lorientais de se constituer un lien, une médiation avec le territoire local. Cette évolution s’inscrit dans un temps où les constructions d’identité et de projets collectifs (urbains, sociaux, culturels…) s’affaiblissent. Ce point amène à rappeler que les politiques culturelles ont un grand rôle à jouer sur la redéfinition des enjeux collectifs de la ville, et que les acteurs sportifs et économiques structurés ont à gagner à participer aussi à cet enjeu culturel .

 Ainsi, si le Pays de Lorient joue la carte de l’identification bretonne et celtique (Festival, jumelage Lorient-Galway et ses équivalents à Guidel, Ploemeur, etc, écoles bilingues, Emglev bro an oriant) le monde du sport peut-il y participer par l’essor du rugby, du football gaëlique, de la gouren et des jeux traditionnels.

 

Le sport est à la fois loisir, technique, enjeu économique, enjeu de santé et d’éducation, enjeu de socialisation, élément de stratégie pour le territoire du Pays de Lorient, avec des effets pervers à ne pas ignorer ; c’est sous cet angle complexe que nous voulons aborder la question, au-delà des nécessaires débats sur les équipements, les subventions et les acteurs, que nous aborderons également.

Quant à l’architecture du dialogue Elus - monde du sport, elle ne peut ignorer qu’il existe différentes pratiques : à côté des fonctionnements classiques « j’adhère, je m’entraîne, je concours », il existe des sports de rue et de nature centrés sur une pratique consommée et sans réelle implication collective consciente. Un des rôles possibles des Office des sports ne serait-il pas de contribuer à inscrire ces nouvelles démarches dans un sens collectif des politiques publiques ? A l’image des expériences de celui de Lorient avec le Lorient Tour et la Lorientaise ?

 

Conclusion

 

L’ « objet vélodrome » est bien un beau projet. Mais il vient en temps d’incertitude financière grave.

Il vient sans qu’un diagnostic préalable récent des besoins et forces sportives sur l’agglo n’ait été présenté.

Il ne peut se justifier que si les conditions politiques de sa réalisation amènent des synergies autour du sport de haut niveau dans le pays de Lorient, autour des équipements comme les piscines et invitent les municipalités à se re-concentrer sur le sport comme élément de politique d’éducation et d’activité physique et non comme élément de compétition.

« Je préfère le sport au score » dit Albert Jacquard. C’est autour de cette valeur que sont les missions premières des communes.

Le sport comme spectacle, comme support d’aménagement et d’attractivité économique se situe au niveau de Cap Lorient.

Le vélodrome ou plutôt le stade couvert  ne peut se résumer à un coup d’opportunisme fragile, il doit être  l’occasion  d’une nouvelle stratégie, d’une nouvelle conception des relations Ville-Agglo.

C’est à cette condition, qu’en ces temps difficiles pour les collectivités locales et leurs contribuables, que nous pourrons démontrer aux citoyens du Pays de Lorient que ce projet a priori couteux peut nous amener à rationaliser la dépense publique sur nos 19 communes.

 

A l’heure actuelle, nous émettons donc un avis réservé sur ce dossier et faute des éclaircissements pouvant être apportés en séance, nous demanderons à notre élu de s’abstenir sur ce dossier.


Pour les élus UDB de l'agglomération de Lorient 


Yann Syz, élu communautaire UDB CAP Lorient 
Annick Lécuyer, élue municipale UDB Lorient
Michel Hado, élu municipal Quéven
Sylvain Berhault, élu municipal Hennebont